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NCHOUT NJOYA AJARA ITINÉRAIRE D’UNE ÉTOILE DU FOOTBALL

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1m64 de hauteur, 40 centimètres de largeur, une conjugaison de composantes phénotypiques produisant une carrure filiforme, celle de Nchout Njoya Ajara qui s’affirme aujourd’hui  comme la principale coqueluche du football féminin sur l’échiquier africain. Mais celle que tout le monde découvre et qui crève les écrans par son talent et illumine le monde entier par ses performances, a dû défier concurrence et adversité tout au long de sa carrière, pour s’imposer comme la star et la principale figure de proue du foot féminin au Cameroun et en Afrique. Incursion au cœur du parcours haletant, d’une carrière palpitante, d’un talent insolent.

Par Ivan Kamwa 

C’est à Foumban, capitale départementale du Noun à l’Ouest-Cameroun, que Nchout Ajara noue ses premiers liens avec le ballon rond. Très jeune, elle se frotte à ses camarades de sexe masculin, dans un contexte social où le foot au féminin n’est encore qu’embryonnaire et en proie à de nombreux préjugés et scepticismes. Pas facile pour une fillette  qui toque aux portes de l’adolescence, de faire face à une conscience sociale inhibitrice pour rêves de faire carrière dans le football. 

Mais la jeune Ajara va faire preuve de ténacité et témérité rares chez les enfants de son âge. Un comportement que certains assimilent à de la turbulence, mais qui n’est en réalité rien d’autre que le désir déguisé d’une gamine, d’exprimer un talent inné. Ce qui  quelques fois, va l’emmener à défier les barrières des interdictions parentales ; lui valant des réprimandes parfois très appuyées de la part de ses parents. Mais ces derniers étaient sans le savoir, des témoins privilégiés du décollage d’un Boeing de talent, s’envolant vers un ciel d’immenses exploits ; brisant le plafond de verre de l’ascension sociale d’une discipline sportive, encore quasi primitive dans son pays et sujette à des à priori pluri formes ; transperçant au passage par son  courage et sa détermination, toutes les couches de l’atmosphère footballistique qu’elle va parcourir pour s’affirmer des années plus tard, et comme une référence Africaine et mondiale dans son sport et une source d’inspiration pour des millions de jeunes. 

Ce faisant, les facteurs anesthésiants pour ses rêves se conjuguent au pluriel. La petite Ajara entame dès lors un parcours plein de tumultes, sous  un nuage assombrissant pour le vœu ultime qu’elle caresse, étant donné toutes les réticences sociétales et familiales. Un radicalisme social qu’elle va peu à peu dompter aux moyens de son abnégation et son talent qui gagne en flamboyance au fil du temps. Ce qui était alors jusque là assimilé aux caprices juvéniles d’une enfant turbulente, change de perception dans l’imaginaire et le conscient de son entourage, se transformant progressivement en véritable phénomène social. Le talent de Nchout commence à s’exporter au-delà de son Noun natal et se propage telle une traînée de poudre. 

Entre temps, la native de Njisse en périphérie foumbanaise, va rejoindre la ville de Douala, pour des raisons familiales. Une ville considérée comme le plus grand vivier de talents en matière de football sur l’échiquier national et ayant fourni au Cameroun et l’Afrique toute entière, ses plus illustres figures que sont Samuel Eto’o et Albert Roger Milla. Simple hasard ou signe du destin, dans tous les cas, c’est désormais dans la capitale doualaise que Ajara va désormais distiller les croustilles de son talent. 

Très tôt, plusieurs clubs de la capitale économique camerounaise vont être sous le charme du potentiel de la jeune fille. Mais c’est du côté de « Franck Rollycek », club de la même ville, que les proches de celle qui encore qu’une  adolescente, porteront leur choix. Elle rejoint ledit club en 2007 pour poursuivre sa progression et sa maturation. Elle n’a alors que 14 ans. Elle va y connaître à la hauteur de ce que son talent et son potentiel la prédisposent, une ascension fulgurante. 

A peine trois ans seulement après avoir rejoint son premier véritable club, elle connaît en 2010 sa première convocation avec une sélection nationale, à l’occasion du championnat d’Afrique de la même année en Afrique du Sud. La récompense d’un dur labeur, mieux la reconnaissance d’un talent. Par la suite, elle restera encore quelques mois à Franck Rollycek, avant de rejoindre en 2011, le voisin de Sawa United Girl ; club duquel les sirènes du professionnalisme retentissent en provenance du club russe de Energia Voronej et dont elle deviendra sociétaire dans la foulée, pour un an. Le début d’une aventure professionnelle qui sonne comme une évidence, à la lumière du fort potentiel dont regorge Ajara. 

Entre 2011 et 2012, elle inscrit 5 buts en 25 matches avec le club russe. Des statistiques plus qu’honorable pour l’attaquante d’alors 18 ans et pour qui les joutes professionnelles sont une découverte.  Adaptation réussie donc pour la camerounaise. Ce qui va lui valoir la saison suivante, les sollicitations d’un autre club russe, plus huppé, le FK Rossiyanka. Club avec lequel elle dispute 16 matches et inscrit 02 buts. Des débuts pro à tendance linéaire. Ce qui lui permettra de s’installer dans la durée en équipe  nationale. 

Carl Enow Ngachu, sélectionneur de l’époque, l’intègre dans son groupe pour les J.O 2012 à Londres. Elle sera alignée dans tous les trois matches que le Cameroun disputera dans cette compétition. Mais l’expédition britannique fut un apprentissage difficile pour la joueuse et son équipe, qui tous découvraient pour la première fois, les réalités d’une telle compétition. Une aventure infructueuse soldée par une élimination au premier tour, ponctuée par trois défaites en autant de sortie. Une douloureuse qui va sonner comme un frein dans son parcours professionnel qui va connaître une abréviation en 2013 à la fin de son bail avec le FK Rossiyanka.  

Elle revient au Cameroun et s’engage avec AS Police en 2014. Un retour qui va durer un an, lui servant de tremplin pour rebondir en 2015 aux USA, au club de Western New-York Flash. Une étape américaine difficile, car elle y joue seulement 7 matches entre 2015 et 2016, pour aucun but. Cependant, Enow Ngachu lui maintient sa confiance en sélection,  la convoquant pour la CAN 2014 en Namibie (où les lionnes perdent en finale face au Nigéria), et la coupe du Monde au Canada quelques mois plus tard, compétition à laquelle son pays prend part pour la première fois de son histoire. 

A 22 ans, elle inscrit son nom en gras comme étant des pionnières de la participation de l’équipe nationale fanion du Cameroun dans un mondial féminin. Lequel mondial va être un déclic et un véritable tournant dans la carrière de l’ex sociétaire de Franck Rollycek. Elle joue tous les quatre matches du Cameroun dans ce mondial, inscrivant au passage un magnifique but lors de la seconde sortie contre le Japon. Le Cameroun s’incline dans cette  rencontre, mais Ajara marque les esprits. Les lionnes sortiront de ce mondial en huitièmes de finale, éliminées par la Chine un but à zéro. Mais à l’image de son équipe, Njoya Ajara aura fait forte impression et inscrit son nom en majuscule dans cette compétition. 

Des expériences américaines (club et sélection), qui lui ouvriront une passerelle d’un turn-back  vers le vieux continent. Un retour en Europe qui va se concrétiser en 2016 au club de Sundsvalls DFF en deuxième division suédoise. Elle y passera la saison 2016-2017 et sera élue meilleure joueuse de la saison de la division. Une performance qui ne laissera pas insensibles les dirigeants du club norvégien de IL Sandviken, qui vont la débaucher chez le voisin suédois en 2018 et lui offrir un contrat d’une saison. 

La nouvelle finale de la CAN perdue en 2016 à domicile une nouvelle fois face au Nigeria, n’aura pas altérer les performances et la détermination de Nchout qui ne cesse d’égrener le chapelet de l’ascension aux niveaux professionnel et mondial. Elle est de nouveau appelée par le nouveau sélectionneur Joseph Ndoko pour la CAN 2018 au Ghana. Son ascension se confirme en sélection nationale, au sein de laquelle elle prend progressivement du galon, se positionnant au fil du temps comme une cadre du vestiaire, une valeur sûre côté terrain et la figure de proue des lionnes indomptables. Avec Sandviken, elle séduit, notamment avec ses 17  réalisations en 21 matches. Des performances qui vont séduire Valerenga FC, un autre club de première division norvégienne, avec qui elle s’engage fin 2018. 

A 25 ans, l’âge de la maturité approchant, la carrière de Njoya va prendre un nouveau tournant. Ses statistiques explosent littéralement avec Valerenga. A la fois en championnat et les compétitions nationales. Une explosion au niveau de son rendement et une progression sans cesse croissante qui vont être le fil conducteur et le cheval de base de la joueuse pendant l’année 2019. Une année 2019 qu’on  peut placer sous le signe de l’exception, tant la joueuse a été exceptionnelle dans ses performances. 

Avec le Cameroun, elle participe à un second mondial consécutif. Un mondial en France durant lequel  les éclaboussures de son talent vont avoir une portée mondiale. Doublant au passage ses statistiques individuelles en termes de buts par rapport au mondial canadien. Elle inscrit dans ce rendez-vous footballistique mondial, environ la moitié des buts du Cameroun, portant ainsi à bouts de bras son équipe dans cette compétition. Notamment avec ce but d’anthologie qu’elle inscrit au bout du suspens face à la Nouvelle-Zélande, pour offrir une qualification inespérée à son pays pour la suite de la compétition. Ce but sera nommé parmi des meilleurs buts de la compétition, une  première pour une camerounaise, ainsi qu’au prix PUSKAS récompensant le meilleur but de l’année par la FIFA, aux côtés d’immenses légendes du foot que sont Lionel Messi et Zlatan Ibrahimovic. Sacrée performance ! 

Malgré une élimination en huitièmes au mondial, la joueuse de 26 ans va maintenir la même dynamique de performances dans les matches de qualification pour les J.O 2020 au Japon. Deux buts dans la double confrontation face à la RDC et un but d’une importance majuscule au match retour à Yaoundé face la Côte-d’Ivoire, évitant au Cameroun une deuxième élimination consécutive pour les jeux olympiques. C’est désormais une évidence, l’originaire de « Njisse » à l’Ouest-Cameroun est dorénavant le porte-étendard et la star des lionnes indomptables et du football féminin africain. Un statut qu’elle assume à merveille, notamment sur cette année 2019. 

En club, les notes de la symphonie footballistique signée Ajara Nchout sont tout autant en phase avec son statut et sa stature actuels. 11 buts en 22 rencontres de championnat (décisive un match sur deux), 4 buts en coupe de Norvège, Ajara  aura réussi deux Hat-Tricks (triplé) avec Valerenga FC. Elle a réussi à enchaîner sept matches consécutifs en marquant au moins un but, club et sélection confondus. Celle qui arbore le dossard 3 en hommage à l’ancien international ghanéen Gyan Asamoah est littéralement passée dans une autre dimension sur la scène nationale et internationale. Une mutation dimensionnelle qui se confirme en chiffres. 19 buts en club, 8 en sélection, auxquels s’ajoutent plusieurs passes décisives. 

Une année 2019 accomplie, symbole de maturité, tant au niveau de ses performances que de son image. Une maturité qui symbolise un long processus de gestation footballistique entamé il y a de nombreuses années dans le Noun-Cameroun et dont le fruit de l’enfantement pourrait être un fœtus aux allures de ballon d’or africain. En attendant le verdict de la CAF dans quelques jours, on peut dire chapeau l’artiste, chapeau bas Nchout Njoya Ajara. CF

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