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‪INTERVIEW – NCHOUT NJOYA AJARA : «J’AI ENCORE BEAUCOUP D’OBJECTIFS À ATTEINDRE»‬

‪INTERVIEW – NCHOUT NJOYA AJARA : «J’AI ENCORE BEAUCOUP D’OBJECTIFS À ATTEINDRE»‬

Sharinc is caring

La vice-capitaine des Lionnes indomptables se livre sur son quotidien depuis le début du confinement, la survenue du jeûne et la reprise des entrainements.

Comment gères-tu ces derniers moments entre confinement, reprise des entraînements et jeûne du mois de Ramadan ?

Ça ne me dérange pas de m’entraîner en cette période de Ramadan puisque je suis déjà habituée. J’ai commencé à respecter le mois du Ramadan à l’âge de 10 ans, toutefois, lorsque nous sommes en plein championnat, je prends la peine de mettre un terme au jeûne et de me rattraper à la fin du championnat.

Parler-nous de vos débuts de footballeuse et des difficultés rencontrées au sein de la famille en tant que jeune fille musulmane.

J’ai commencé à jouer au football dans mon village à Foumban (région de l’Ouest-Cameroun, Ndlr). Chaque fois pendant la période des vacances je participais à des championnats dénommés « inter-quartier ». En 2006, j’ai disputé la coupe top avec les garçons parce qu’à cette période, je ne savais pas qu’il existait un football féminin. Au terme de cette compétition, j’ai été retenue pour le centre de formation des Brasseries à Bafoussam. Seulement, la famille s’est opposée à cette idée parce que j’étais mineure et je ne pouvais pas aller vivre au milieu des garçons puisque à cette période il n’y avait pas une section féminine aux Brasseries. C’est ici que la famille a commencé à m’interdire la pratique du football. Mon papa avait donné des ultimatums à ma mère qu’elle ne me laisse pas jouer au football pour le bien de leur couple. 

Tout le monde disait qu’une femme musulmane ne doit pas jouer au football, puisque la religion passe avant tout. Il te faut absolument des gens qui t’encourage pour t’en sortir. Heureusement que certains oncles qui ont cru en moi ont pu convaincre mes parents de me laisser vivre mon rêve.

En 2007, j’étais en vacance chez ma grand-mère à Douala, lors d’un championnat de vacance, j’ai été détecté par un certain M. Eloundou, président du club Frantz Rolisec, avec qui je me suis engagée. En 2008, j’ai été détecté par Enow Ngachou, à l’époque sélectionneur national de toutes les catégories féminine du Cameroun. En 2010, j’ai signé mon premier contrat professionnel en Russie où j’ai passé trois saisons au Fc Eningia. Et en 2014, je suis allée aux Etats-Unis pour deux saisons. En 2016, j’ai mis le cap en Suède pour deux saisons également avant de signer en Norvège où je suis actuellement  au FcValerenga. 

Comment as-tu vécu ton échec pour le ballon d’or africain 2019 ?

Je pense que j’ai fait une saison remarquable. Je ne vais donc pas appeler cela échec. Il y a des votants qui ont décidé qu’il y avait meilleure que moi. Je vais tout simplement continuer de travailler en espérant que les prochaines années seront les bonnes. 

Quel est ton avis sur la polémique autour de certaines joueuses zambiennes accusées d’être des hommes ?

Sincèrement je ne sais pas si c’est des hommes oudes femmes. Je me rappelle qu’en 2018, la capitaine zambienne n’a pas joué la Coupe d’Afrique des nations (Can) féminine parce que la Confédération africaine de football (Caf) avait demandé qu’elle fasse des examens pour se rassurer qu’elle est bien une femme. A présent des gens disent qu’elle a plus d’hormones homme que femme. Mais bon, aujourd’hui cette fille joue en Europe, je ne sais pas si dans son club elle a également passé des examens ou pas. De toutes les façons, attendons le dénouement de cette affaire.

Comment fais-tu pour associer ta vie professionnelle et celle familiale ? 

Je n’avais que 18 ans lorsque je suis allée professionnelle et tout ce qui m’intéressais à ce moment c’était de jouer au football. Toutefois après chaque rencontre j’essaye d’appeler la famille pour la rassurer que tout ce passe bien. Aujourd’hui j’encourage les familles à laisser leurs filles pratiquer ce beau métier. De croire en elles. Aujourd’hui, je gagne ma vie en jouant au football. Avec du travail et de la détermination, toute jeune-fille peut y arriver. 

Que répondez-vous à ceux qui pensent que le phénomène de « lesbiennes » est plus développé dans le monde du football féminin ?

Vous savez, dans le monde du football on pense toujours que les footballeuses sont des garçons manqués, mais je vous rappelle qu’il y a des footballeuses qui ont juste la morphologie masculine, pourtant à la maison si on te dit qu’elle joue au football tu ne vas pas croire. Je pense réellement que les gens doivent arrêter de croire que les footballeuses sont des « lesbiennes », parce que dans tous les domaines on trouve le phénomène d’homosexualité. Mais les gens se retournent sur le football féminin parce que la morphologie des filles donne cette impression. Une footballeuse n’est pas forcement homosexuelle.

Pour ce qui me concerne, je ne suis pas encore mariée. Je compte me marier et faire des enfants après ma carrière parce que j’ai encore certains objectifs à atteindre. 

Parler-nous de vos relations avec Gaëlle Enganamouit

J’entretiens de bonnes relations avec Gaëlle Enganamouit. C’est ma génération, nous sommes entrées à l’équipe nationale en 2008. Avec les autres filles, aujourd’hui nous formons un bon groupe, même hors sélection, nous restons en contact parce que nous sommes désormais une famille.

Avez-vous l’impression que vous manquez de reconnaissance sur le plan internationale, en tant que footballeuse africaine ?

Je dirais simplement que j’ai encore beaucoup à prouver, parce qu’il y a aussi beaucoup de bonnes joueuses dans le monde et qui ne sont pas également récompenser comme moi. Je vais continuer de travailler, donner le meilleur de moi en espérant avoir des récompenses. 

A quoi est dû votre échec au dernier mondial face à l’Angleterre ?

S’agissant de ce match, l’arbitre refuse injustement mon but. Ce qui nous a révoltés c’est le fait qu’on lui demande d’utiliser la Var, qui en réalité était là pour tout le monde, mais il a catégoriquement refusé. Lorsque j’ai revu l’action, je me suis rendu compte qu’il n’y avait pas de hors-jeu et c’est regrettable de nous éliminer de la sorte.

Après votre élimination pour les Jeux olympiques face à la Zambie, quelles sont vos chances contre le Chili aux barrages ?

Vous savez tout est possible en football. Le Chili est une bonne équipe à prendre au sérieux. Je connais juste la gardienne qui joue au Paris saint-germain (Psg), mais nous avons nos chances de qualification, mais il faudra aller la chercher au stade. Pour cela, il nous faut de la détermination.

Pensez-vous que le football féminin puisse perdre sa valeur au Cameroun et dans le monde à cause du coronavirus ?

J’ai vraiment peur que nous arrivions à ce niveau parce que cette pandémie a véritablement surpris tout le monde. Je ne pensais pas qu’un jour on pouvait demander aux gens de rester chez eux. Mais comme le football féminin en lui-même était encore en construction dans notre pays en particulier, peu importe le temps que ça prendra, on espère que cette discipline va décoller et arriver au même niveau que le football masculin. Pour cela, il faut que les dirigeants des clubs continuent de travailler, avec l’appui des membres de la Fédération camerounaise de football (Fecafoot), qui doivent implémenter une bonne politique de développement du football féminin, comme ils ont si bien commencé en créant une ligue spécialisée pour le football féminin au Cameroun.

Pourquoi cet engagement sur le plan social ?

A mon petit niveau j’essaye de tendre la main aux nécessiteux. Nous avons plusieurs projets qui arrivent dans ce sens. Notre objectif, mon équipe et moi c’est donner du sourire à ceux qui sont dans le besoin. C’est aussi pourquoi vous me voyez beaucoup chez le Sultan, qui est un père pour moi. Il me soutient énormément dans mes initiatives.    

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